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A propos de Biens communs

15/11/2010

A propos de biens communs Réponse de la casa Marulaz à monsieur le maire

Parti à la défense du citoyen lésé par d’impudents squatteurs, notre preux chevalier JL Fousseret, tout à sa fougue démocratique, a pu, lors de son allocution sur France bleue, commettre quelques erreurs concernant la casa Marulaz qu’il nous semble important de rétablir ici.
Dans son discours, s’est à plusieurs reprises glissé le terme d’ « anarchistes » pour qualifier les occupants de la Casa Marulaz : mais où a-t-il bien pu entendre prononcer ce mot?… surement pas à la casa où, si certains peuvent effectivement se reconnaître sous ce qualificatif, ce n’est pas le cas de tous; la casa Marulaz, nous le rappelons, est un lieu ouvert à tou(te)s, quelles que soient leurs opinions politiques. Comment alors, ne pas deviner derrière cet amalgame hâtif, en plus du faible intérêt porté par la municipalité au projet réellement mis en place, une volonté de disqualifier ce dit projet en effrayant les auditeurs avec des peurs venues d’un autre âge …
Monsieur le maire s’est ensuite essayé à la défense de l’intérêt des citoyens de cette ville qui devraient, selon lui se sentir lésés par cette occupation. Mais quel usage ceux-ci pouvaient-il bien faire d’un bâtiment abandonné et fermé à double tour? Depuis trois ans, la maison vidée de ces activités sociales ne sert plus à rien alors même que ceux qui cherchent un abri pour leurs projets associatifs n’ont qu’à aller se faire voir ailleurs … même si cet ailleurs comme le prétend la mairie n’existe pas! (en tout cas pas avant 2014).
Alors monsieur le maire, le 24 place Marulaz, avant de devenir la « casa », pour les bisontins, c’était quoi? Le néant, le vide, le crépis qui s’oublie et qui finit par prendre ce charmant petit air de ruine capable de séduire l’investisseur qui allongera les 250 000 euros demandés . 250 000 euros … une goutte d’eau dans un budget municipal qui s’apprête à en jeter 300 000 dans la rénovation d’une salle de conseil municipal qui ne sert pas plus d’une fois par mois … mais pas aux mêmes, c’est entendu. Une autre goutte dans celui d’une grande entreprise, d’un investisseur … mais un rêve lointain pour le reste du genre humain. C’est d’ailleurs pour ça qu’elle existe, la propriété collective, ce bien commun dont on nous a parlé. Ce qu’on ne peut avoir tout seul, on l’achète à plusieurs et ensuite, on partage, chacun un petit bout, chacun son tour … Et tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes s’il ne restait un problème de taille : qui gère, qui décide? C’est à ce moment que la démocratie intervient : on choisit un homme, une équipe de braves gens motivés qui sont prêts à sacrifier un petit coin de leur précieuse existence pour que tout roule, tout fonctionne. Si les choses étaient ainsi, le brave citoyen, celui qui vote et paye ses impôts, pourrait s’en aller tranquille et se promener dans sa ville, de bien commun en bien commun … Mais n’en déplaise aux affiches électorales et aux discours radio-diffusés, ce n’est pas comme ça que les choses fonctionnent dans ce système que, par habitude, nous continuons à nommer « démocratie ». Ici, le bien commun dont on parle, on le spécule, on le vend sans rien dire, sans même prendre la peine d’informer le propriétaire collectif de son intention. Qui a voté pour la privatisation du 6 rue de la Madeleine? Qui s’est exprimé en faveur de la vente du 24 place Marulaz? Et qui décidera demain du sort des murs qui abritent le conservatoire …
Il y a deux ans, les habitants de cette ville ont été invités à choisir une équipe pour gérer ce qui les rassemblent, ce qu’ils ont en commun. Pour tout projet, une feuille de papier pliée et un mot : socialiste. Un mot à qui l’histoire a donné un sens, une dimension supérieure à celle d’un CV sur papier glacé. Un socialiste sacrifie-t-il le bien commun? vend-il des locaux associatifs à un promoteur privé quand des citoyens réclament l’usage de leur propre bien? Sans doute pas. S’il a besoin d’argent, un socialiste trouve une autre voie. Tout simplement parce qu’un socialiste, un homme de gauche est conscient de la nécessité de maintenir, au cœur de la ville une activité associative, il sait que la démocratie a besoin d’initiatives citoyennes pour se maintenir en vie, il a conscience que l’embourgeoisement et la privatisation de l’espace public ne produisent pas beaucoup d’électeurs de gauche …
Bien sûr, tous les citoyens de cette ville ne passeront pas leur vie à la casa Marulaz, seule une minorité y trouvera un terrain d’expression, un espace de socialisation qui lui convient … comme c’est le cas de l’ensemble des activités associatives. Tout le monde ne joue pas au Foot, ne passe pas ses dimanches à la pêche, n’apprécie pas le théâtre ou l’opéra mais personne ne remet en cause le droit de ceux qui le veulent de le faire, quitte à bénéficier de quelques subventions pour cela!
En quoi le projet de créer à Besançon un centre social autogéré (comme il en existe dans d’autres villes), se donnant pour mission d’ouvrir un espace associatif mutualisé et de faire vivre un lieu d’expression culturel, de diffusion d’informations et de rencontre est-il moins légitime que la survie d’un club de Basket ou l’expansion d’un stade de foot? Il ne touche pas, à priori les mêmes gens certes. Mais ces gens là n’ont-ils pour autant, droit à rien? Leurs ambitions ne sont pourtant pas si couteuses pour la communauté. Pas de subventions pharaoniques, pas de travaux gigantesques, pas même une goutte d’eau ou une étincelle d’électricité. Juste le droit d’usage d’un bâtiment qui ne sert à personne et dont la vente ne rapportera qu’une misère au sens des pratiques budgétaires actuelles. Les frais de fonctionnement ressemblent plus au budget d’une famille qu’à celui d’une multinationale (ou d’une municipalité socialiste!), ils sont pris en charge par les participants aux activités sous forme de cotisations ou grâce à une caisse de soutien. Ce n’est pas le Ritz mais ça marche! Et ça ne risque pas en tout cas de faire le même trou dans la caisse qu’un festival raté…
Le principe du petit pas, du quotidien vécu ensemble, de l’échelle microscopique de la vie à taille humaine ne fait pas la une des journaux et n’assume pas la promotion sur le grand marché des capitales européennes de celui ou celle qui l’a rendu possible. C’est pourtant lui qui assure la cohésion sociale, le sentiment de faire partie d’une collectivité rassurante, capable de soutenir nos envies comme nos détresses et de donner finalement ce sentiment de bien-être et de sécurité dans lequel la majorité des hommes se plait à vivre. Passer trop de temps dans les congrès et les ministères crée une distance dangereuse avec cette réalité qui assassine la vie politique d’une ville pour en faire la proie de quelques monstrueux appétit qui sauront, si nous n’y prenons garde se goinfrer bientôt du peu qu’il nous reste.
C’est donc tout à fait légitimement, au nom des principes qui sous-tendent cette notion de bien commun que la casa Marulaz réitère sa demande de négociations auprès de la mairie pour que :
Le 24 place Marulaz reste dans le domaine public.
Son statut d’espace associatif autogéré soit reconnu par la signature d’un bail précaire avec les occupants du lieu.

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5 commentaires leave one →
  1. Mat permalink
    16/11/2010 8:57

    Très bon texte, ça ma fait plaisirs de lire ceci au petit matin! merci
    Bon courage pour aujourd’hui!!!!
    Mat

  2. Schou permalink
    17/11/2010 2:25

    Voici une réponse bien torchée … on dirait du Tite-Live.
    toutes mes pensées libertaires ( ça fait moins peur ) vous accompagnent

  3. poutchi permalink
    17/11/2010 4:43

    Il ya de moins en moins d’espaces pour les lieux alternatifs en France comme ailleurs! Besançon, berceau de l’autogestion devrait rester avant gardiste, en permettant le développement de l’engagement citoyen et des actions de solidarité »s!!
    Chapeau très bas pour ces actions militantes et collectives, plus que nécessaires aujourd’hui dans un monde où celui qui dit bonjour, se fait passer pour un demeuré.
    De tout coeur avec vous!

  4. aix permalink
    18/11/2010 6:20

    Très beau texte ! Bon courage pour la suite !

  5. lilibeuz permalink
    24/11/2010 12:24

    A besak, les squatts c’est pas de l’arnaque!

    (j’éspère quand même que l’ouverture d’esprit concernant les personnes accueillies et leurs
    idées politiques, a une limite…)

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